Prévention des cancers buccaux : les chirurgiens-dentistes en 1ère ligne

Avec moins de cinq ans d'espérance de vie pour 60 % des patients atteints, les cancers buccaux figurent parmi les plus mortels. Essentiellement parce qu'ils sont diagnostiqués à un stade trop avancé. Un constat qui doit encore plus pousser la profession à se mobiliser sur le sujet et à inclure le dépistage des cancers buccaux à chaque consultation.

6 FACTEURS DE RISQUE À ÉVITER

Plaques rouge foncé ou blanchâtres, saignements spontanés, zones irritées ou creusées, inflammations, gênes et douleurs d'un côté de la bouche ou de la langue, cicatrisation difficile dans la cavité buccale, douleurs du cou… les signes avant-coureurs d'un cancer buccal ne sont souvent pour nos patients que des « bobos » mais doivent nous alerter. Mieux : nous devons même les dépister, sans qu'ils aient à nous les signaler. Car plus le diagnostic est précoce, plus les chances de guérison sont importantes. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui en France, pays où il y a le plus de cancers buccaux en Europe.

LA FRANCE POINTÉE DU DOIGT
Plus de 7 500 nouveaux cas y sont recensés chaque année, dont 70 % à un stade trop avancé ; 2 500 personnes en sont mortes en 2005. Mais il y a pire : le cancer buccal est l'un des seuls dont le taux de survie n'a pas progressé au cours des trente dernières années, faute de dépistage systématique. La plupart des lésions n'étant en effet pas douloureuses, elles alertent peu, ce qui retarde le diagnostic et la prise en charge de la maladie. Les pouvoirs publics et les autorités sanitaires ont pris la mesure de l'enjeu, incluant la lutte contre les cancers buccaux au Plan cancer 2009-2013. À nous de la traduire au quotidien par un dépistage systématique de tous nos patients et le rappel de quelques règles de prévention.

DU DÉPISTAGE À LA PRÉVENTION
Quelques minutes suffisent pour réaliser cet examen indolore et sans surcoût pour nos patients, dans le cadre d'une consultation normale. Avec une observation des muqueuses de la cavité buccale dans un premier temps, suivie d'une palpation des ganglions situés sous le menton et au niveau du cou. Dans la plupart des cas, nous ne trouverons rien… et tant mieux. Ce qui ne signifie pas que nous devons nous en tenir là. Car pour faire reculer la maladie, rien ne vaut la prévention. Une prévention qui nécessite de sensibiliser nos patients aux facteurs de risques des cancers buccaux. En commençant par le tabac et l'alcool. Le premier parce qu'il dégage lors de sa combustion des produits cancérigènes et génère des goudrons dont le contact avec les muqueuses buccales multiplie par cinq le risque de développer un cancer de la bouche. Le second parce qu'il agresse les muqueuses et diminue leurs capacités réparatrices, engendrant de nombreuses réactions cancérigènes. Sans parler de l'association des deux qui multiplie par quarante-cinq le risque de développer des tumeurs buccales. À signaler également : la mauvaise hygiène dentaire, une alimentation pauvre en fer et en vitamines A et C, des inflammations régulières qui peuvent provoquer des mutations au niveau de l'ADN et la surexposition aux UV ou aux radiations qui peut favoriser la formation de cancer des lèvres. Autant de points sur lesquels nous devons « nous battre » en première ligne aux côtés de nos patients.

CONSEIL UFSBD PRO

TABAC : AIDER NOS PATIENTS À DIRE NON
Pas moins de 40 pathologies bucco-dentaires sont de près ou de loin causées par le tabac. C'est dire si nous sommes légitimes pour aider nos patients à dire NON. Et ce quels que soient leur âge et leur attitude face au tabac.

Conforter les non-fumeurs de 10 à 25 ans
Nous avons de la chance, la mode est avec nous. Pour les plus jeunes, fumer est devenu sale, polluant et coûteux. Leur poser la question du tabagisme, les féliciter pour leurs convictions et laisser traîner quelques dépliants en salle d'attente va les conforter dans leur choix. La visite des 12 ans, 15 ans et 18 ans est l'occasion où jamais. Sans oublier de montrer aux plus âgés en quoi fumer peut vite avoir des répercussions esthétiques.

Éviter les rechutes chez les 15 ans et plus
Un fumeur sur deux rechute dans l'année suivant son arrêt car il pense être suffisamment fort pour consommer occasionnellement. Attirer son attention sur le caractère irréversible et sans compromis de sa décision tout en le félicitant est le meilleur moyen d'éviter les rechutes. Ce qui ne doit pas nous empêcher de lui donner éventuellement quelques conseils de prévention comme le fait d'avoir toujours sur lui des substituts nicotiniques : gommes, pastilles ou autres.

Sensibiliser tous les patients de 15 à 75 ans…
Poser la question du tabac est le minimum que nous puissions faire pour rester neutre auprès des fumeurs. Car contrairement aux idées reçues, se taire revient à les encourager… par omission. Ce conseil minimum prend 20 secondes. Il peut s'accompagner d'un calcul du niveau de dépendance du patient (cf. ci-dessous) et d'une mise en garde des risques encourus, au cas par cas, selon le profil du patient et l'histoire de sa bouche : gingivites, parodontite – 2 à 6 fois plus répandues et plus difficiles à traiter chez le fumeur que chez le non-fumeur –, pathologies endodontiques, leucoplasies orales, cancer buccal épidermoïde, sans oublier l'altération du goût et de l'odorat, la pigmentation de la plaque et du tartre, la mélanose tabagique, des récessions gingivales dentaires localisées ou généralisées, etc.